Déclaration de Mathieu Monot – Conseil d’installation

Monsieur le Président doyen d’âge,

Mesdames et Messieurs les conseillères et conseillers municipaux,

Mesdames et Messieurs,

Au nom du groupe Osez Pantin, je veux adresser à la majorité nos félicitations républicaines. Vous avez obtenu au second tour suffisamment de suffrages pour emporter la prime majoritaire et siéger en nombre dans ce conseil. C’est la règle du jeu démocratique. Mais cette règle du jeu, précisément, n’est pas faite pour masquer des réalités : elle est faite pour nous obliger à les regarder en face.

Alors regardons-les. Au second tour, dimanche, 57,9% des Pantinois·es qui se sont exprimés ont voté pour une liste autre que la vôtre. Ce conseil municipal est composé d’une majorité institutionnelle qui est minoritaire dans la ville. Cela oblige. Cela oblige dans le rapport à la population, dans le rapport aux agents de la ville, dans le rapport à l’opposition que nous formerons ici.

Il y a une donnée que je veux mettre sur la table, parce qu’elle éclaire, au-delà des règles de notre mode de scrutin, ce que représente chaque siège dans cette salle.

Et cet éclairage nous est nécessaire, à toutes et tous, au lendemain de cette nouvelle élection municipale, et alors que s’ouvre aujourd’hui une nouvelle ère de gouvernance pour Pantin. Avec 6 087 voix et 36 sièges, chaque élu de la majorité représente en moyenne 169 électrices et électeurs. Avec 3 281 voix et 5 sièges, chaque élu d’Osez Pantin en représente 656 — soit près de quatre fois plus.

La prime majoritaire a sa logique, celle de la gouvernabilité. Mais elle crée une asymétrie que les élus de la majorité doivent garder à l’esprit : leur légitimité institutionnelle est réelle, mais le poids démocratique de chaque voix dans l’opposition est bien plus lourd que la répartition des sièges ne le laisse croire.

Il y a ensuite une trajectoire que l’on ne peut pas ignorer. En 2008, Monsieur le Maire sortant, vous étiez élu dès le premier tour. En 2014, premier tour également. En 2020, premier tour encore, avec 57,6% des suffrages exprimés. Trois mandats consécutifs sans que les Pantinois·es aient besoin d’un second tour pour trancher. Dimanche 15 mars, vous obtenez 39,6%. Pour la première fois depuis votre élection en 2001, la ville vous a dit : nous ne sommes plus sûrs, nous voulons réfléchir encore. Pour la première fois depuis vingt-cinq ans, un second tour a eu lieu à Pantin. Et pour la première fois, vous ne disposez plus d’une majorité dans la ville au sens réel du terme.

Cette trajectoire n’est pas un détail. C’est une injonction à l’humilité, au changement de méthode, à une autre façon d’habiter le pouvoir. Et c’est à cette injonction que vous aurez à répondre, séance après séance, dans cette salle.

Mais il y a une autre réalité, plus silencieuse, et plus préoccupante. 49,35% d’abstention : c’est près d’un Pantinois sur deux qui ne s’est pas déplacé pour voter au second tour. C’est davantage qu’au premier tour, et c’est un niveau de participation qui, élection après élection, s’érode. Dans un territoire comme le nôtre, en Seine-Saint-Denis, où la participation est déjà plus faible que la moyenne nationale, ce chiffre ne peut pas être relativisé. Il doit être regardé pour ce qu’il est : un signal d’alerte démocratique. Parce qu’une démocratie sans participation est une démocratie privée d’oxygène.

Et sans oxygène, aucun système ne tient sainement. L’abstention n’est jamais neutre : elle dit une distance, une défiance. Elle dit aussi, parfois, le sentiment que les règles du jeu sont écrites sans celles et ceux qui devraient en être les premiers auteurs.

Pendant cette campagne, nous avons rencontré des Pantinoises et des Pantinois qui, pour certains, n’avaient jamais voté auparavant. Non pas par désintérêt, mais parce qu’ils ne se sentaient ni écoutés, ni attendus, ni considérés.

C’est là un enjeu majeur du mandat qui s’ouvre. La participation, c’est le poumon de la démocratie locale. Et ce poumon, aujourd’hui, est fragilisé. Le faire respirer à nouveau pleinement est une responsabilité collective et urgente, qui nous engage toutes et tous dans cette salle. Mais cela engage, au premier chef, la majorité que vous incarnez aujourd’hui.

C’est une question de légitimité, parce qu’un territoire où une personne sur deux ne vote pas fragilise nécessairement le fondement même de celles et ceux qui décident. C’est une question de crédibilité, parce qu’une parole publique portée dans ces conditions peine à convaincre qu’elle s’adresse réellement à toutes et tous. C’est une question de cohérence, parce que nous ne pouvons pas prétendre faire vivre une démocratie partagée si près d’un habitant sur deux reste à l’écart de son exercice.

Nous prendrons toute notre part dans cet effort. Et nous serons, ici, des défenseurs attentifs et exigeants de cette démocratie vivante, constante, et réellement partagée.

Je veux dire maintenant pourquoi nous étions face à vous dans cette campagne, parce que cela conditionne la façon dont nous siégerons ici. Nous avons une analyse de Pantin qui diffère profondément de la vôtre. Vous aimez parler d’une ville qui rayonne, qui attire, qui se transforme. Nous aussi, nous aimons cette ville — profondément. Mais nous refusons d’en faire du marketing territorial.

Parce que Pantin, c’est aussi une ville où un tiers des habitants vit sous le seuil de pauvreté — le double de la moyenne nationale. Parce que Pantin, ce sont plusieurs villes qui cohabitent côte à côte sans vraiment se parler : les quartiers bien reliés et ceux qui se sentent à la marge. Dans une même rue, vous avez la sérénité de celles et ceux qui vont bien, et l’inquiétude de celles et ceux pour lesquels la fin du mois est un problème. Presque la moitié des habitants de la ville – des Quatre-Chemins aux Limites, du Haut-Pantin aux Courtilières – a le sentiment de vivre en dehors du développement de la ville.

Poser ce diagnostic avec honnêteté, c’est déjà faire de la politique autrement. C’est ce que nous ferons ici.

Vous êtes à la tête de cette ville depuis 2001. Avec ce mandat de sept ans qui s’ouvre, c’est trente-deux ans aux responsabilités que Pantin pourrait connaître sous la direction d’une seule et même personne.

Trente-deux ans, Monsieur le Maire sortant. Et je vous rappelle que vous aviez vous-même annoncé en 2020 que ce mandat serait le dernier. Ce n’est pas notre conception de ce que doit être la vie démocratique locale.

Regardez Paris : en vingt-cinq ans, Bertrand Delanoë, puis Anne Hidalgo, et demain Emmanuel Grégoire, auront chacun porté une vision, une équipe, une méthode.

La ville a changé parce que les regards ont changé. C’est cela, la démocratie locale : une succession d’élans, pas une continuité figée. Une ville a besoin de renouvellement, de confrontation d’idées.

Sans cela, l’exercice du pouvoir sur trois décennies conduit irrémédiablement à se convaincre que l’on sait mieux que personne ce qui est bon pour la ville, que l’on sait mieux que les Pantinois eux-mêmes ce qui est bon pour chacun.

Nous avons présenté cette liste aussi parce que nous ne pouvions plus accepter cela : une logique quasi-patrimoniale du pouvoir, l’impression persistante que la ville appartient à ceux qui la gouvernent plutôt qu’à celles et ceux qui l’habitent. Ces pratiques abîment la confiance. Elles creusent le fossé entre les habitant·es et leurs représentant·es. Et elles ne sont pas dignes d’une gauche qui se réclame de l’égalité et de la transparence.

Et si nous avons maintenu notre liste — et si les Pantinois·es nous ont maintenu leur confiance au second tour — c’est précisément parce que nous n’étions pas une simple continuité avec une tonalité différente.

Nos électrices et nos électeurs voulaient une rupture avec l’ordre établi dans cette ville, pas un changement de visage à la marge. C’est ce que disaient leurs voix. C’est ce que nous porterons ici.

Je veux dire un mot sur le choix qui a été fait par la liste « Faire mieux pour Pantin » de se maintenir au second tour. À gauche, au soir du premier tour, plus de 7 000 électrices et électeurs avaient voté pour le changement, contre 5 900 pour le Maire sortant. L’aspiration à changer de cycle était majoritaire dans notre propre camp. Nous avons tendu la main pour unir ces forces. Cette main a été refusée et nous le regrettons.

Je ne dis pas cela ce matin pour alimenter un ressentiment, mais pour nommer une responsabilité collective. Cette décision a un coût, et ce coût nous le connaissons désormais : laisser continuer pendant sept années supplémentaires une vision de la ville et une manière de faire pour laquelle nous aspirions les uns et les autres à ce qu’elles changent.

Je veux maintenant saluer quelque chose qui, dans cette campagne, nous a profondément réjoui. Sur chacune des listes en présence, des jeunes ont choisi de s’engager, de donner de leur temps, de leur énergie, de leur foi dans la politique, à une époque où beaucoup leur expliquent que ça ne sert à rien. À toutes ces jeunes femmes et ces jeunes hommes, quelle que soit la liste qu’ils et elles ont portée, nous leur disons merci et bravo. Et je veux adresser un clin d’œil tout particulier aux jeunes d’OsezPantin, à celles et ceux qui ont distribué des tracts dans le froid, frappé aux portes, tenu les tables sur les marchés, animé nos réunions publiques avec une énergie que rien n’entamait. Ils sont l’avenir politique de cette ville. Nous les reverrons.

Je veux enfin saluer les forces politiques et citoyennes qui ont rendu notre aventure possible : le Parti socialiste, le Parti communiste français, L’Après, Debout !, ainsi que toutes celles et ceux qui s’y sont engagés. Nous avons porté ensemble le rassemblement historique, dès le premier tour de ces élections, d’une gauche sociale, écologique et citoyenne, qui a porté l’ambition d’adresser chaque rue, chaque quartier de notre ville.

Et celles et ceux qui siègent aujourd’hui ici en sont le reflet. Leila Slimane, Bruno Carrère, Hawa Touré, Samir Amziane. Ils incarnent cette alliance dans ce qu’elle a de plus fertile et précieux : des parcours différents, des cultures politiques différentes, une même exigence et une même volonté de faire autrement. Je veux les remercier pour leur engagement, pour leur solidité, pour ce qu’ils ont déjà porté – et pour ce qu’ils continueront à porter ici. Ils ont osé, et continueront d’oser, au service des Pantinois·es.

Chers collègues,

Nous ne présenterons pas de candidat face à celui ou à celle que la majorité désignera comme maire. C’est notre choix républicain, clair et assumé.

En revanche, nous serons une opposition. Exemplaire. Rigoureuse. Intransigeante sur les principes. Nous exercerons chacun des droits que la loi nous reconnaît, et nous en userons pleinement.

Le débat que vous avez refusé aux Pantinois·es entre les deux tours, Monsieur le Maire sortant, vous l’aurez dans cette salle. Nous veillerons à ce que les séances du conseil municipal soient plus nombreuses, plus régulières, plus substantielles que ces dernières années. Mais ces débats ne doivent pas seulement exister : ils doivent être vus, compris, partagés. Nous porterons l’exigence d’un conseil municipal plus ouvert et plus lisible – où chacune et chacun puisse savoir, suivre, et s’approprier les décisions qui engagent la vie de la ville. La démocratie locale ne se nourrit ni du silence entre deux scrutins, ni de l’opacité.

Elle se nourrit de débats visibles, assumés, et pleinement accessibles à toutes et tous. Vous le devez aux Pantinois, au nom de qui et pour qui nous siégeons collectivement : il est temps !

Nous serons aussi vigilants sur l’usage de l’argent public. Chaque budget, chaque marché, chaque subvention devra se justifier devant les Pantinois·es. Nous regarderons avec une attention particulière les attributions de toutes natures — logements, places en crèche, aides municipales — leur fonctionnement, leurs critères, leur transparence, et pour lesquelles nous appelons plus que jamais à l’anonymisation.

Nous poserons des questions. Nous réclamerons des documents, en exigeant que ceux-ci soient mis à disposition de l’ensemble de nos concitoyens.

Nous publierons nos analyses. Et puisque votre liste a annoncé durant la campagne qu’elle a signé la charte de Transparency International, nous serons attentifs à ce que cette annonce soit suivie d’effets.

Nous serons vigilants sur le traitement des agents de la ville. Celles et ceux qui font vivre les services publics pantinois méritent respect, considération et conditions de travail dignes. Des agents bien traités, écoutés, reconnus, c’est un service public à la hauteur de celles et ceux qui en ont le plus besoin.

Nous veillerons à ce que cet Hôtel de Ville soit un employeur exemplaire.

Nous serons vigilants sur l’utilisation de la communication municipale. Le journal de la ville, le site de la mairie, les réseaux officiels appartiennent à toutes les Pantinois·es. Ils n’ont pas vocation à servir de tribune partisane ni de vitrine électorale. Nous veillerons au respect de cette règle fondamentale en utilisant tous les moyens à notre disposition à chaque fois que cela sera nécessaire.

Sur le fond, nous porterons dans ce conseil les engagements que nous avons construits avec les habitant·es, quartier par quartier, pendant des mois. Nous nous battrons pour l’éthique et la transparence : anonymisation des demandes de logement social et de crèche, publication des données budgétaires, fin des logiques d’entre-soi. Nous nous battrons pour les écoles et la petite enfance, pour le logement abordable et l’encadrement effectif des loyers, pour les plus fragiles, pour une ville féministe et antiraciste, attachée à toutes ses fiertés. Et nous nous battrons pour une démocratie locale vivante, qui associe les habitant·es aux décisions qui les concernent, qui partage le pouvoir au lieu de le conserver.

Nous avons perdu cette élection. Mais nous n’abandonnons rien de ce qui nous a conduits à la mener.

Les milliers de Pantinois·es qui nous ont accordé leur confiance ne disparaissent pas avec les résultats du second tour. Ils nous regardent ce matin. Ils attendent de nous la même exigence, la même détermination, la même fierté que pendant cette campagne.

Osez Pantin ne s’arrête pas ce matin. Il commence autrement, ici, dans cette salle.